
Dès que l’on franchit la porte d’entrée, on est transporté dans une époque où la ferveur religieuse s’exprimait à travers une artisanat d’art d’une complexité inouïe. Le temple est dédié à Beidi (le Dieu du Nord), le dieu de l’eau, protecteur de la ville contre les incendies, une menace constante pour une cité industrielle célèbre pour sa fonderie et sa céramique.
L’Archipele Architectural de Lingnan : Le Zumiao est l’archétype du style Lingnan. Ce qui saute aux yeux immédiatement, comme on le voit parfaitement sur votre image (image_0.png), c’est la richesse des décorations. Ce ne sont pas de simples ornements ; c’est un langage. Les toits sont surchargés de sculptures en céramique de Shiwan, des fresques colorées tridimensionnelles peuplées de centaines de personnages minuscules mais détaillés (immortels taoïstes, guerriers légendaires, scènes d’opéra).
Les Trois Sculptures et Deux Modelages : C’est le nom donné aux techniques qui parent le temple. Partout où le regard se pose, on trouve des sculptures sur bois d’un rouge écarlate et doré (les corbeaux de bois complexes que vous avez photographiés sont un exemple parfait), des sculptures sur brique, des sculptures sur pierre, ainsi que des modelages en stuc de chaux et de la céramique. Chaque centimètre carré raconte une légende ou symbolise un vœu de bonheur (les chauves-souris pour la fortune, les grenades pour la descendance).

L’Arche Lingying (Archevêché de la Manifestation Divine) : Un chef-d’œuvre d’ingénierie en bois sans un seul clou métallique, datant du XVe siècle. Elle est flanquée du Bassin Jinxiang, où les visiteurs lancent des pièces sur une statue de tortue et de serpent pour s’assurer richesse et longévité.
Le Berceau des Arts Martiaux et du Lion : C’est la dimension dynamique du Zumiao. Le temple abrite le Mémorial Wong Fei-hung et le Mémorial Ye Wen (Ip Man). Tous les jours, la cour résonne du son puissant des gongs et des tambours pour les performances de danse du lion qui sautent de pilier en pilier avec une agilité stupéfiante, suivies de démonstrations de Kung Fu Foshan, le « Wing Chun », qui a inspiré Bruce Lee.
Une Anecdote : La Rencontre Fortuite sous l’Arche Lingying
C’était un après-midi lourd et humide de juillet. Je venais de passer deux heures à essayer de déchiffrer les personnages d’une scène de l’Investiture des Dieux sur une crête de toit en céramique, les yeux rivés sur le ciel. Mon cou commençait à me faire souffrir, alors je me suis assis sur le bord du bassin Jinxiang, près de l’Arche Lingying.
Juste à côté de moi, un touriste américain d’une soixantaine d’années, chapeau de paille et appareil photo imposant en bandoulière, tentait, sans grand succès, de cadrer la structure de bois complexe de l’arche sans inclure les branches d’un frangipanier centenaire.
— « C’est un casse-tête, n’est-ce pas ? » lui dis-je en anglais. « Soit on a l’arche, soit on a l’arbre, mais Google Photos veut les deux. »
Il a ri doucement, abaissant son objectif. « Exactement. Je suis Thomas, de Boston. Et vous ? »
— « Je suis de France, je m’appelle Jojo. Je suis ici pour… » J’ai hésité. Comment expliquer mon obsession pour la céramique Shiwan ? « Pour la culture Lingnan. »
— « Lingnan ? » répéta-t-il, les yeux brillants. « Mon père était obsédé par ça. Il n’était jamais venu en Chine, mais il collectionnait les gravures. Il me parlait toujours de Foshan, la ville des artisans, et de la complexité de leurs toits. Je suis venu ici, en quelque sorte, pour faire ce voyage à sa place. »
Je l’ai regardé, un peu surpris. « C’est une belle histoire. Vous savez, c’est exactement pour cela que je suis ici aussi. Mon grand-père était un grand amateur de céramique chinoise. Il m’a transmis cette fascination pour les « crêtes de toit ». J’essaie de retrouver les modèles qu’il aimait. »
Nous avons souri de cette curieuse coïncidence : deux hommes de continents différents, réunis sous une arche vieille de six siècles, porteurs de l’héritage d’un parent qui n’avait jamais pu voir ce lieu.
À ce moment-là, un son puissant de tambour a retenti de l’autre côté de la cour. La danse du lion allait commencer.
— « Oh ! » s’écria Thomas. « Il ne faut pas manquer ça. Vous savez que le grand-père de Bruce Lee est né ici ? »
— « Son arrière-grand-père, je crois ! » corrigeai-je avec un clin d’œil.
Nous avons traversé la cour ensemble. Mais alors que nous allions entrer dans le mémorial Wong Fei-hung, il s’est arrêté devant une petite boutique de souvenirs qui vendait des répliques de sculptures sur bois rouges, exactement comme les corbeaux de bois sur l’arche que nous venions de voir.
— « Attendez une seconde », dit-il. Il a acheté une réplique, me l’a tendue. « Tenez. Pour votre collection. En mémoire des grands-pères qui nous ont envoyés ici. »
J’étais ému. J’ai sorti de mon sac une petite figurine en céramique Shiwan que j’avais achetée le matin même pour ma propre collection. « Et voici pour vous, Thomas. Pour la collection de votre père. »
Nous avons serré les mains, un étrange lien tissé par l’histoire de ce temple Ancestral qui, en fin de compte, ne unit pas seulement les ancêtres de Foshan, mais aussi des étrangers venus de loin.